La technique minutieuse de Frédéric Blaimont n’a rien à envier à celle des Hyperréalistes. Il est toutefois moins porté à témoigner qu’à observer sur le vif. Comme Hopper dans sa Femme dans le métro il fait confiance à l’instantané pour inventer le typique — ses scènes sont singulières en même temps qu’elles ont quelque chose de “ déjà vu ”.
Du coup il soustrait ces scènes au contexte par des fonds savants mais minimaux qui ne sonique pas sans rappeler ceux du Moine en prière, du Joueur de fifre ou de /em>l’Homme mort de Manet. Ou mieux par le socle réduit au sol que suggère le simple partage horizontal que l’on trouve dans les Bulles de savon ou dans le Jeune homme en costume de majo — toujours de Manet.
Vient ensuite la lumière. Pas la lumière diffuse ni la lumière sujet d’un Latour. Mais “ l’éclairage ” directionnel hors champ des débuts et fin de journée. Celui des projecteurs qu’un Adolphe Appia introduira dans le théâtre pour renforcer la mise en scène par le clair obscur mais aussi et surtout par l’ombre et le modelé.
Le cadre enfin. On l’imagine comme promené sur la scène. Puis arrêté par le peintre — là est la décision — sans crainte de laisser le sujet “ sortir ”. Vision baroque (au sens d’Eugenio d'Ors) non sans rapport avec celle du cinéma lorsque la caméra s’attarde sur un détail... c’est-à-dire sur un instant qui résume à la fois le contexte, les personnages et le récit.
Frédéric Blaimont ne nous dit rien d’autre en somme que “ tout est là ”.
“ Il est avantageux d'avoir observé les choses sur le vif ” nous dit Léonard de Vinci dans son Traité de la peinture. Ce vif est bien sûr dans le doigt interrogateur de l’enfant, dans la transitivité du regard des “ grands ”, dans l’allongement des ombres ... mais aussi dans ce cadrage qui nous dit que le peintre ne s’est pas “ placé ”. Que l’observation de Frédéric Blaimont elle même est contrainte, occasionnelle, “ sur le vif ”.
“ Vous pouvez obtenir un effet par une simple observation ” disait Tati pour se démarquer de Chaplin. Le peintre met en œuvre ici cette esthétique du “ relevé ” qui enjoint de laisser parler le sujet, de suspendre son jugement, de considérer avec Barthes que “ toute prédication est violence ”. Frédéric Blaimont a bien la technique des hyperréalistes mais il observe sans vouloir absolument témoigner... En somme il travaille le haïku
La liberté guidant le peuple ? Couleurs vives, anamorphose, contre-plongée, perspective d’angle, points de fuite hors du tableau... En tout cas Frédéric Blaimont nous saisit dans cette scène comme il est saisi lui-même dans sa sieste de petit baigneur aoûtien. L’occasion — encore elle— de vérifier que les principes d’Alberti garantissent à monsieur Hulot qu’il sera bien piétiné par sa tante s’il persiste à faire de la peinture.